Le Brexit devient enfin une réalité pour les importations de produits européens en Grande-Bretagne. Les exportateurs vers l’UE savent ce que cela signifie
30 janvier 2024, L’Économiste
Les économistes adorent l’idée d’une expérience naturelle. L’un des avantages du Brexit a été la possibilité d’observer l’impact d’un pays quittant un environnement commercial à faible friction et évoluant vers une frontière plus dure. Les exemples de tels changements sont rares sur le terrain. Mais l’expérience naturelle s’est révélée plus compliquée que prévu. Le Brexit a coïncidé avec la pandémie et les confinements. Avec cette pandémie, y sont associés des confinements. De ce confinement, s’en est suivi le choc rapide des prix de l’énergie le plus grave depuis des décennies. Il s’avère impossible d’ évaluer clairement les conséquences économiques du départ de la Grande Bretagne de l’Union européenne .
Une autre complication est venue de la réticence du gouvernement britannique à reprendre le contrôle total de ses frontières. La Grande Bretagne a officiellement quitté l’Union européenne le 31 janvier 2020, mais est restée dans les faits dans le marché unique et l’union douanière pendant une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020. En janvier 2021, les partenaires commerciaux européens de la Grande Bretagne ont imposé de nouveaux contrôles aux frontières et une nouvelle bureaucratie aux exportations britanniques. Mais le gouvernement britannique lui même a retardé à plusieurs reprises les contrôles sur les marchandises en provenance d’Europe. Après cinq retards, les nouveaux contrôles entreront finalement en vigueur le 31 janvier.
Bien que la Grande-Bretagne ait des échanges sans droits de douane et sans quotas avec l’Union européenne, les marchandises importées traversant la frontière nécessiteront cette année des formulaires. Les produits alimentaires seront soumis à des contrôles sanitaires et phytosanitaires pour garantir qu’ils répondent aux normes nationales. Alors que l’ensemble des contrôles douaniers et sanitaires et phytosanitaires sur les marchandises européennes entrant en Grande Bretagne seront déployés par étapes au cours des neuf prochains mois, les exportateurs européens seront confrontés aux mêmes problèmes que leurs pairs britanniques ont vécus au cours des trois dernières années.
Une bureaucratie supplémentaire peut entraîner des retards. Les transporteurs notent que la simple transposition de deux chiffres dans un code douanier à 15 chiffres peut entraîner un problème qui prend des heures à résoudre. Les erreurs peuvent provenir soit de l’entreprise exportatrice, soit de l’entreprise importatrice. Pour les produits frais, comme les légumes et les fleurs, un retard même d’un jour ou deux peut rendre une expédition entière presque sans valeur.
Depuis janvier 2021, les petites entreprises alimentaires britanniques s’inquiètent particulièrement des règles relatives à ce que l’on appelle le « groupage ». Une remorque chargée d’un seul type de produit provenant d’une seule entreprise n’a besoin que d’un seul jeu de formulaires douaniers et de contrôles sanitaires et phytosanitaire. Mais une remorque contenant plusieurs types de marchandises provenant de diverses sources doit toutes être vérifiées individuellement. Pour les producteurs haut de gamme en particulier, notamment dans des domaines de produits tels que les fruits de mer, où les entreprises ont tendance à être plus petites, la bureaucratie supplémentaire et la menace de retards se sont souvent révélées trop élevées pour, d’exporter, en valoir la peine.
Les chiffres commerciaux publiés le 26 janvier montrent l’effet asymétrique du Brexit sur le commerce des biens jusqu’à présent. Les exportations britanniques de biens vers l’Union européenne ont augmenté de 10,3 % au troisième trimestre 2023 par rapport au dernier trimestre 2020 (fin de la période transitoire du Brexit). Il s’agit d’une performance faible par rapport aux exportations britanniques vers les pays tiers , qui ont augmenté de 19,7 % sur la même période. En revanche, les importations de biens en provenance de l’Union européenne ont augmenté de 10,7 %, alors que les importations en provenance du reste du monde sont restées globalement stables. Fabriquer en Grande Bretagne, un organisme professionnel de fabricants, a rapporté en décembre que 90 % de ses membres rencontraient toujours des problèmes pour exporter vers l’Europe, soit une baisse de seulement six points de pourcentage depuis décembre 2020.
Désormais, la douleur sera répartie plus uniformément. Mais ce n’est pas une raison pour se réjouir. Le conseil du comté de Kent, responsable du port de Douvres, estime que les retards de plusieurs heures pour les expéditions entrantes constituent le pire scénario raisonnable. Les détaillants craignent que de nouveaux contrôles aux frontières puissent créer une pression à la hausse sur les prix après la récente forte baisse de l’inflation des prix alimentaires. Comme l’ont constaté les exportateurs britanniques, davantage de frictions commerciales signifie généralement moins d’échanges.
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