Apollonius de Tyane

Tout cela donne une idée sûre de la véritable cause de la haine ressentie par le chrétien des premiers temps et du Moyen Âge envers son frère païen et son dangereux rival. Nous détestons mais ce que nous craignons. Le thaumaturge chrétien, ayant autrefois rompu toute association avec les mystères des temples et avec « ces écoles si réputées pour la magie », décrites par saint Hilarion, ne pouvait certainement pas espérer rivaliser avec les faiseurs de miracles païens. Aucun apôtre, à l’exception peut-être de la guérison par le pouvoir mesmérique, n’a jamais égalé Apollonius de Tyane ; et le scandale créé parmi les apôtres par le miraculeux Simon le Mage est trop notoire pour être répété ici encore. « Comment se fait-il », demande Justin Martyr, visiblement consterné, « comment se fait-il que les talismans d’Apollonios (les [[ telesmata ]]) aient du pouvoir sur certains membres de la création, car ils empêchent, comme on le voit , la fureur de les vagues, la violence des vents et les attaques des bêtes sauvages ; et tandis que les miracles de notre Seigneur sont préservés par la seule tradition, ceux d’Apollonius sont les plus nombreux et se manifestent réellement dans les faits présents, de manière à égarer tous les spectateurs ? « † Ce martyr perplexe résout le problème en attribuant très justement l’efficacité et la puissance des charmes utilisés par Apollonius à sa profonde connaissance des sympathies et des antipathies (ou répugnances) de la nature.

Ne pouvant nier la supériorité évidente des pouvoirs de leurs ennemis, les pères eurent recours à la méthode ancienne, mais toujours efficace : celle de la calomnie. Ils honorèrent les théurges de la même calomnie insinuante à laquelle avaient eu recours les pharisiens contre Jésus. « Tu as un démon », lui avaient dit les anciens de la synagogue juive. « Tu as le diable », répétèrent avec la même vérité les pères rusés en s’adressant au thaumaturge païen ; et l’accusation largement meurtrie, érigée plus tard en article de foi, l’emporta.

Mais les héritiers modernes de ces falsificateurs ecclésiastiques, qui accusent la magie, le spiritualisme et même le magnétisme d’être produits par un démon, oublient ou peut-être ne lisent jamais les classiques. Aucun de nos fanatiques n’a jamais regardé avec plus de mépris les abus de la magie que le véritable initié de la vieille.

* « Pères du Désert d’Orient », vol. ii., p. 283.† Justin Martyr : « Quaest. », xxiv.

Wikipedia:

Apollonios de Tyane (en grec ancien : Ἀπολλώνιος ὁ Τυανεύς), parfois connu sous la forme latine de son nom, Apollonius, est un philosophe néopythagoricienprédicateur et thaumaturge du ier siècle de l’ère chrétienne, né en 16 ap. J.-C. à Tyane en Cappadoce et mort à Éphèse en 97 ou en 98. S’il est également mentionné par Apulée et Lucien de Samosate, c’est la Vie d’Apollonios de Tyane, composée dans la première moitié du iiie siècle par Philostrate, qui constitue la principale source d’informations le concernant. Adulé pendant les premiers siècles apr. J.-C. avant de tomber dans l’oubli, Apollonius de Tyane fut comparé à Jésus de Nazareth. Il aurait eu des disciples et aurait fait des miracles. Apollonios est sans doute d’un thaumaturge ou d’un magicien qui est plus ou moins mythique. Philostrate, quand il rédige la Vie d’Apollonios de Tiare (deux siècles après la mort de ce dernier) veut donner à travers ce personnage un portrait du sage idéal, d’un homme divin, d’un nouveau Pythagore, et en même temps réagir à la réputation de magicien qui accompagne Apollonios. Il le présente comme un homme attaché au silence, au célibat, à une vie modérée, qui défend que c’est par le culte d’un cœur pur que l’on rend hommage au Dieu suprême, non par des sacrifices sanglants.

Mais à la fin de l’Antiquité, dans sa lutte contre le christianisme, le paganisme va faire d’Apollonios un saint et un thaumaturge qu’il oppose au personnage de Jésus-Christ. Différents auteurs et polémistes anti-chrétiens s’emparent donc du personnage, parmi lesquels Sossianos Hiéroclès ou Porphyre de Tyr. On trouve aussi la figure d’Apollonios sur l’une des faces des contorniates, des monnaies émises par Rome à fin de propagande antichrétienne. En plus, dans la deuxième moitié du ive siècle, Virius Nicomachus Flavianus traduit en latin le roman de Philostrate[4], sous le règne de Théodose Ie.

Philostrate dresse un portrait dithyrambique d’Apollonios, alors même que le personnage était controversé par des auteurs comme Lucien de Samosate qui le compare à un célèbre imposteur, nommé Alexandre d’Abon.  Philostrate fait d’Apollonios un personnage d’origine divine, il décrit ses voyages dans des pays lointains comme l’Inde ou l’Éthiopie, où il rencontre des animaux fantastiques et des gymnosophistes. De plus, il pratique de nombreux miracles, venant à bout d’épidémies, il débarrasse des femmes du fantôme d’un satyre qui s’est emparé d’elles, il s’évade miraculeusement de la prison où Domitien le retient… On comprend que l’on utilisera longtemps des talismans protecteurs liés à Apollonios, même dans la Byzance chrétienne.

Ses disciples lui élevèrent des statues et des temples et le comparèrent à Jésus Christ.

L’empereur Néron l’aurait banni de Rome en tant que magicien, pour avoir ressuscité une jeune fille, et l’empereur Domitien lui aurait fait couper de force, barbe et cheveux. À Éphèse, le 18 septembre 96 il serait entré en transe devant ses disciples, et se serait écrié « Frappe le tyran ! » au moment même où l’empereur Domitien était assassiné à Rome, à l’instigation de sa femme Domitia Longina et du préfet du prétoire.

Selon la légende, rapportée par le biographe et théosophe G. R. S. Mead, il aurait été aussi capable de bilocation ou d’ubiquité, ou de lévitation.

Un ouvrage anonyme, probablement daté du ve siècle, l’Histoire Auguste, évoque une apparition miraculeuse d’ Apollonios de Tyane qui aurait promis à Aurélien la victoire sur Zénobie s’il épargnait la cité de Tyane et ses habitants. L’Histoire Auguste présente Apollonius comme « l’ami fidèle des dieux, digne d’être honoré lui-même comme une divinité », et affirme qu’Aurélien aurait vu son portrait dans de nombreux temples. Selon André Chastagnol, l’Histoire Auguste invente et parodie la vision de Constantin Ier racontée par Eusèbe de Césarée, opposant le miracle païen d’Apollonius de Tyane au miracle chrétien.

Grec né au début de l’ère chrétienne, Apollonios descend d’une famille ancienne qui donna à la ville de Tyane (dans la Turquie actuelle) quelques-uns de ses fondateurs. « On rapporte qu’il vint au monde dans une prairie, non loin de laquelle s’élève le temple qui lui est consacré ». Son père, qui répond aussi au nom d’Apollonios, est de loin le plus riche citoyen d’une ville opulente[10].

À quatorze ans, il est conduit par son père à Tarse, auprès du maître le Phénicien Euthydème, rhéteur célèbre de ce temps. De là, il se rend à Ægæ en Macédoine, où il rencontre des adeptes de différentes écoles philosophiques. Le penchant naturel de son esprit vers le mysticisme lui fait embrasser de préférence les doctrines de Pythagore, enseignées dans cette ville par Euxène d’Héraclée, qui s’adonnait aux plaisirs sensuels et prenait Épicure pour modèle. Cependant, Apollonios observera toute sa vie les pratiques les plus sévères du pythagorisme antique, tout en mêlant aux doctrines de cette école celles de Platon. On vante son désintéressement, sa tempérance, sa chasteté, qu’il poussera jusqu’à l’ascétisme. Il préconisait à ses disciples le végétarisme

Pendant cinq années, il pratique le silence, conformément aux prescriptions de Pythagore. Il entreprend de longs voyages, en compagnie d’un certain Damis, qui devient son disciple. Leurs pérégrinations les conduisent principalement dans trois directions. Tout d’abord, Apollonios et ses compagnons de voyage se dirigent vers l’Orient : ils passent de la Pamphylie en Cilicie ; de là, ils se rendent à Antioche, en Syrie, puis à Ninive et à Babylone, jusqu’en Inde, où Apollonios converse avec les sages du pays, les brahmanes.

Sous le règne de Néron (54-68), il revient vers l’Occident : il visite les grandes cités d’Ionie et de GrèceRome, l’Italie, l’Espagne, et séjourne à Gadès (Cadix). Après quoi, il se dirige vers le Sud : il visite la Sicile, passe par Rhodes pour gagner la côte septentrionale de l’Afrique, séjourne en Égypte, à Alexandrie – où il rencontre Vespasien, en 69, et les philosophes Euphratès et Dion de Pruse – et en Éthiopie, conversant avec d’autres sages, les gymnosophistes. Puis il revient en Asie mineure, en Grèce et à Rome, sous le règne de Domitien (81-96). Son biographe lui prête des relations avec plusieurs intellectuels influents de l’époque, avec plusieurs empereurs qui ont régné à Rome depuis Néron, ainsi qu’avec des rois étrangers dont il lui fait visiter les Etats, comme ceux de Phraotès en Inde. Domitien le fait jeter en prison, et le traduit devant son tribunal, d’où il s’échappe. Il meurt à Éphèse en 97 sous le règne de Nerva.

Philostrate présente Apollonios comme un grand voyageur, visitant les pays entourant la Méditerranée, jusqu’à Babylone et même l’Inde, où il se lie d’amitié avec des brahmanes. Il marche pieds nus, porte les cheveux longs, ne se nourrit que de légumes et refuse les boissons alcoolisées. Il pratique l’abstinence sexuelle, vit d’aumônes, redistribue aux pauvres les biens qu’on lui donne et dort dans les temples. Ses prédications rassemblent sur son passage des foules qui viennent l’écouter condamner le luxe et la décadence des mœurs, inciter à ne pas consommer de chair animale et prôner un système de vie communautaire.

Malgré sa notoriété et ses nombreux disciples, Apollonios n’établira pas d’école ou de groupe formel, ni ne formera de successeur pour poursuivre sa tâche de prédication. Apollonios souhaita à la ville d’Éphèse « une couronne de citoyens vertueux » plutôt que des bâtiments et des portiques

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