Vampire-Gouverneur de Russie

Vers le début de ce siècle, s’est produit en Russie l’un des cas de vampirisme les plus effrayants jamais enregistrés. Le gouverneur de la province de Tch—- était un homme d’une soixantaine d’années, d’un caractère méchant, tyrannique, cruel et jaloux. Doté d’une autorité despotique, il l’exerça sans relâche, au gré de ses instincts brutaux. Il est tombé amoureux de la jolie fille d’un fonctionnaire subalterne. Bien que la jeune fille fût fiancée à un jeune homme qu’elle aimait, le tyran força son père à consentir à ce qu’il la marie avec lui ; et la pauvre victime, malgré son désespoir, devint sa femme. Son caractère jaloux se manifesta Il la battatait, la confinait dans sa chambre pendant des semaines entières et l’empêchait de voir qui que ce soit sauf en sa présence. Il tomba finalement malade et mourut. Voyant sa fin proche, il lui fit jurer de ne plus jamais se marier ; et avec des serments effrayants, il menaça que, si elle le faisait, il reviendrait de sa tombe et la tuerait. Il a été enterré dans le cimetière de l’autre côté de la rivière ; et la jeune veuve n’éprouva plus d’ennui, jusqu’à ce que, la nature ayant raison de ses craintes, elle écouta les importunités de son ancien amant, et ils furent de nouveau fiancés.

Le soir des fiançailles habituelles, lorsque tout le monde fut retiré, la vieille demeure fut réveillée par des cris venant de sa chambre. Les portes s’ouvrirent à la volée, et la malheureuse fut retrouvée allongée sur son lit, évanouie. Au même moment, une voiture sortit de la cour en grondant. Son corps s’avéra noir et bleu par endroits, comme à cause de pincements, et d’une légère piqûre au cou, des gouttes de sang suintaient. Une fois rétablie, elle déclara que son mari décédé était soudainement entré dans sa chambre, apparaissant exactement comme dans la vie, à l’exception d’une pâleur épouvantable ; qu’il lui avait reproché son inconstance, puis l’avait battue et pincée très cruellement. Son histoire ne fût pas crue ; mais le lendemain matin, la garde postée à l’autre bout du pont qui enjambe la rivière rapporta que, peu avant minuit, un carrosse noir et six personnes étaient passés furieusement devant eux, vers la ville, sans répondre à leur défi.

Le nouveau gouverneur, qui ne croyait pas au récit de l’apparition, prit néanmoins la précaution de doubler les gardes sur le pont. Cependant, la même chose se produisit nuit après nuit ; les soldats déclarant que le péage à leur station près du pont s’élèverait tout seul, et la carosse et les occupants spectraux les balayaient malgré leurs efforts pour l’arrêter. Chaque nuit, à la même heure, la voiture entrait en trombe dans la cour de la maison ; les surveillants, y compris la famille de la veuve et les domestiques, seraient plongés dans un profond sommeil ; et chaque matin, la jeune victime était retrouvée meurtrie, saignante et évanouie comme auparavant. La ville fut plongée dans la consternation. Les médecins n’avaient aucune explication à proposer ; les prêtres venaient passer la nuit en prière, mais à l’approche de minuit, tous étaient pris d’une terrible léthargie. Finalement, l’archevêque de la province vint et fit lui-même la cérémonie d’exorcisme, mais le lendemain matin, la veuve du gouverneur fut trouvée plus mal que jamais. Elle était maintenant aux portes de la mort.

Immédiatement, à l’heure habituelle, on l’entendit et on le vit s’approcher du côté du cimetière. L’officier de garde et un prêtre portant un crucifix se plantèrent devant le péage et crièrent ensemble : « Au nom de Dieu et du tsar, qui y va ? Par la fenêtre de la voiture fut projetée une tête bien connue, et une voix familière répondit : « Le conseiller d’État privé et gouverneur, C—- ! Au même moment, l’officier, le prêtre et les soldats furent rejetés comme par un choc électrique, et la voiture fantomatique passa à côté d’eux, avant qu’ils aient pu reprendre souffle.

L’archevêque résolut alors, comme dernier expédient, de recourir au plan séculaire consistant à exhumer le corps et à le clouer au sol avec un pieu de chêne enfoncé dans son cœur. Cela se faisait avec une grande cérémonie religieuse en présence de toute la population. L’histoire raconte que le corps a été retrouvé gorgé de sang et avec les joues et les lèvres rouges. Au moment où le premier coup fut porté sur le bûcher, un gémissement sortit du cadavre, et un jet de sang jaillit haut dans les airs. L’archevêque prononça l’exorcisme habituel, le corps fut réinhumé et à partir de ce moment on n’entendit plus parler du vampire.

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer